Quand on m’a proposé de découvrir en avant-première la biennale internationale de design de Saint-Etienne, je n’ai pas hésité une seule seconde.
Quel privilège !
Pendant un mois, du 12 mars au 12 avril 2015, la ville et sa région sont en effervescence : les designers les plus prestigieux convergent tous vers la Cité du Design.
Malgré, je dois bien l’avouer, les à-prioris de mon entourage…
lili-saint-etienne Car, contrairement aux idées reçues, Saint-Etienne a su tirer parti de son incroyable patrimoine industriel. Cette Cité du Design en est un très bon exemple : ancienne manufacture d’armes, elle a été réhabilitée puis agrandie par la construction d’un bâtiment neuf, conçu par l’agence d’architecture berlinoise LIN.
Elle accueille aujourd’hui un volume impressionnant de halls d’exposition, un restaurant, ainsi que l’Ecole Supérieure d’Art et de Design.

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La programmation est foisonnante, et trois jours n’ont pas été suffisants pour visiter toutes les expositions proposées aux quatre coins de la ville et dans la région !
Mais j’ai pu en voir beaucoup. Vraiment beaucoup.
Le thème choisi pour cette édition 2015 est « Les sens du beau ». Vaste programme.
Afin de partager avec vous toutes mes découvertes, j’ai donc décidé que, cette semaine, mon blog serait aux couleurs de la biennale !

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Aujourd’hui, je vous propose un petit tour d’horizon très subjectif des expos que j’ai aimé, autant dans la programmation IN que OFF.
Et à partir de demain, je m’attarderai chaque jour sur une expo en particulier, car j’ai eu d’énormes coups de coeur…
Alors c’est parti :)

IN_réserve-déboussolée « La réserve déboussolée » – Cité du design – Bâtiment H Nord.
1D Touch / Inclusit Design / Avant-goût Studios

Dans la pénombre d’un laboratoire reconstitué, des i-pods distribués aux visiteurs permettent de pénétrer en musique dans chaque oeuvre exposée (ici, une sérigraphie d’Elza Lacotte).
Précision de taille :  l’i-pod détecte automatiquement de quelle oeuvre on s’approche. Et cerise sur le gâteau : les playlists, conçues pour chaque oeuvre, sont parfaites. Magique…


essence-beau-01« L’essence du beau » – Cité du Design – Bâtiment H Nord
Commissariat et scénographie : Sam Baron

Une très belle scénographie signée Sam Baron, comme une série de carnets Moleskine ouverts, met en vedette une sélection pointue de jeunes designers fraîchement diplômés d’écoles européennes de design. Chacune de leur création questionne ce qu’est la beauté : une imperfection ? Un geste ? Un pur hasard ? Un détail ?
Mention spéciale au travail sur la typographie (que l’on aperçoit en arrière-plan sur ma photo) : mélange de verticales rectilignes et d’horizontales manuscrites, synthèse parfaite du mélange de critères culturels et de subjectivité qui font l’essence de la beauté…


IN_captain-ludd « Multitude » – Ancienne école des Beaux-Arts de Saint-Etienne
Exposition proposée par Captain Ludd

« Captain Ludd » est un collectif de bricoleurs / concepteurs, tels qu’ils se définissent eux-mêmes. Ils montrent ici leurs travaux et expérimentations, joyeux bazar pas si utopique, entre nouveau modèle économique, technologie et partage des savoirs-faire.
Avez-vous remarqué le slogan sur le t-shirt ? « Never take broken for an answer ». Tout est dit.


IN_mine-colour« Mine color : our past and future » – Musée de la Mine, salle des pendus
Commissariat et scénographie : Dennis Parren

Oui oui, vous avez bien lu « salle des pendus ». Il s’agit de l’immense ancien vestiaire où les mineurs pendaient leurs tenues de travail au plafond, pour les faire sécher après une dure journée de labeur. Et ça fait une drôle d’impression quand on y rentre pour la première fois…
En diffractant la lumière, le designer Dennis Parren travaille autant avec les sources lumineuses qu’avec les ombres qu’elles génèrent.
Et c’est magnifique.


IN_glass-is-tomorrow« Glass is tomorrow » – Musée de la Mine, salle de l’énergie
Commissariat et scénographie : Lise Coirier et Pro Materia

Six workshops, dans des manufactures prestigieuses aux quatre coins du globe, ont donné naissance à d’étonnants objets de verre, pour lesquels les designers ont poussé la matière dans ses retranchements : travail à chaud, à froid, inclusions, pigments, moulage ou soufflage libre…
Le contraste entre ces objets, si précieux et si fragiles, et l’énorme machinerie dans la salle est surprenant.


IN_pavillon-acoustique« Le Pavillon Acoustique » - Eglise Saint-Pierre de Firminy, conçue par Le Corbusier
Commissariat et scénographie : Yuri Suzuki

Le designer japonais Yuri Suzuki s’est intéressé de près à la collaboration entre Le Corbusier et Iannis Xenakis, compositeur et architecte. Pour lui, le beau doit satisfaire autant les yeux que les oreilles. Il propose donc aux visiteurs de prendre possession de ses tubes et cornets afin de littéralement ‘sculpter’ les sons.
C’est ludique, interactif et coloré (les cornets reprennent les couleurs fétiches de Le Corbusier), et les structures / sculptures ainsi créées envahissent gaiement l’entrée de l’église de Firminy.


IN_raymond-loewy« RL Streamline life (1940-1970) » – Office de Tourisme de Saint-Etienne
Commissariat : Christophe Bailleux et Frédérique Bonpuis

Est regroupée ici une impressionnante collection d’archives du génial Raymond Loewy, designer industriel et graphiste franco-américain (les logos de Shell et LU, c’est lui !), dont un exemplaire de l’édition américaine originale de « La laideur se vend mal ». Pour Loewy, le beau est indissociable de la performance et de l’économie d’un objet.
De nombreuses photos, coupures de presse et notes personnelles révèlent le cocktail détonnant qui fit de Loewy un des premiers ‘people’ de l’époque : mélange entre vie professionnelle et vie privée, innovation et communication. Sans oublier les croquis et photos de ses incroyables automobiles customisées…


OFF_a-toutes-les-sauces« A toutes les sauces » – Vitrine sous les arcades de l’Hôtel de Ville
Association Surface

Minuscule vitrine transformée en lieu d’exposition, elle regroupe une vingtaine de prototypes, élaborés tout spécialement pour la biennale, sur le thème des ustensiles culinaires.
Torchons de Ionna Vautrin, plateau d’Eric Jourdan ou encore passoire d’Eric Blondin sont mis en valeur dans un joli décor en papier plissé, à la manière des toques des grands cuisiniers.


OFF_diplorama« Diplorama » – Garnier des Arts – Saint-Etienne
ENSCI – Les Ateliers

L’ENSCI (Ecole Nationale Supérieure de Création Industrielle) montre ici une sélection de projets de diplôme absolument passionnants : objets connectés, textiles intelligents, recyclage et détournement sont abordés avec une grande sensibilité.
Durant toute la durée de la biennale, les étudiants se relaient pour expliquer leurs projets, ce qui rend la visite particulièrement enrichissante.


OFF_eric-jourda-atelier-du-coin« Dessins pour objets édités » – L’atelier du coin – Saint-Etienne
Eric Jourdan

Dans cette jolie boutique de créateurs stéphanois, le designer Eric Jourdan nous ouvre ses carnets de croquis, prémisses de ses création de mobilier pour Cinna, Ligne Roset ou Domeau & Perrès. Des dessins à main levée, au feutre ou au crayon, racontent la magie de la création d’un objet.
Et profitez-en pour faire un tour dans la boutique : porcelaines, textiles, bijoux, sérigraphies… La création stéphanoise se porte bien, merci !


lee-bul-01« Lee Bul » – Musée d’Art Moderne et Contemporain de Saint-Etienne

Et pour finir en beauté, le Musée d’Art Moderne et Contemporain met à l’honneur Lee Bul, artiste coréenne née en 1964 à Séoul. (Vous ai-je dit que la Corée était l’invitée d’honneur de la biennale ?)
Pour moi, une des expositions les plus envoûtantes que j’aie pu voir… Lee Bul conçoit ses oeuvres en même temps que leur scénographie : ici, cet incroyable « lustre » est suspendu au dessus d’un sol miroitant, renforçant l’impression de vertige.
A visiter ABSOLUMENT, et si possible avec un guide qui saura vous raconter l’aversion de Lee Bul pour la dictature qui régna en Corée du Sud jusqu’en 1979, ainsi que les multiples références de l’artiste : Bruno Taut, Fritz Lang, Malevitch ou Hugh Ferriss.




Vous souhaitez en voir / savoir davantage sur cette biennale ?
Voici mes autres articles :
- Zoom sur l’installation« Luminaries » par le duo anglo-néerlandais Glithero
- Zoom sur l’expo « Tu nais, tuning, tu meurs » au Musée d’Art et d’Industrie
- Sélection d’objets de designers, connus ou moins connus, étudiants, artisans ou en auto-édition.