Pour ceux qui n’auraient jamais entendu ce patronyme singulier, Ernest Pignon Ernest est le pionnier de ce qu’on nomme aujourd’hui l’Art Urbain ou Street Art.
Depuis le début des années 1970, il puise son inspiration dans la mémoire des villes : rues, façades et murs deviennent alors son terrain de jeu.

« Souvent, au milieu de la nuit, quand je me réveille, je pense à Ernest. A cette heure, il doit parcourir les rues de la ville. 
Il tient d’une main son pot de colle. De l’autre, son balai-brosse. Sous son bras droit, des dessins roulés attendent le mur d’où ils vont, quelques temps, regarder les passants.
Et appeler, silencieusement, les fantômes. »
Erik Orsenna*

Vendredi dernier avait lieu le vernissage de l’exposition « Extases », dernière oeuvre d’Ernest Pignon Ernest, présentée jusqu’au 6 octobre 2013 au Prieuré de Saint Cosme à La Riche (37).

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« Le choix du lieu est aussi important que l’oeuvre elle-même » précise l’artiste. « Ils se complètent l’un l’autre. La rigueur de cet ancien réfectoire de Chanoines est le cadre parfait à ces extases, que j’ai voulues suspendues, comme hors du temps. » **

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Une fois poussée la lourde porte du réfectoire, c’est la pénombre qui accueille le visiteur.
Face à l’entrée, des pinceaux de lumière éclairent esquisses et recherches, au fusain ou à la pierre noire rehaussée de gouache blanche : des corps de femmes alanguies, mains tendues, visages en arrière, troublants de réalisme.

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Puis vient l’obscurité.
Totale.
Cinq longues secondes d’une intrigante obscurité.

La lumière réapparait doucement, en un point, à l’autre bout du réfectoire.
Les visiteurs se retournent, puis s’approchent : un à un se dévoilent les portraits de sept grandes mystiques chrétiennes.
Marie-Madeleine, Hildegarde de Bingen, Angèle de Foligno, Catherine de Sienne, Thérèse d’Avila, Marie de l’Incarnation et Madame Guyon sont représentées en extase, dans un mouvement d’élévation.
Ces sept portraits grandeur nature semblent en lévitation, suspendus au dessus du reflet infini d’un miroir d’eau noir.

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« J’ai voulu une légèreté dans le support de sorte que le matériau de mon dessin, la feuille, compte autant que le dessin lui-même. Ce désir de fluidité, de désincarnation, je l’ai fait passer par la feuille, suaire où s’exalte le corps, dans les coulures d’encre et le reflet de l’eau afin que l’on ressente cette liquéfaction spatiale et temporelle. » *

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« Je me suis plongé dans les écrits de ces femmes et j’ai été frappé par leur ambivalence : d’un côté un ressenti très charnel de leur foi (ne se disent-elles pas « épouses » de Dieu ?) et de l’autre, la volonté farouche de transcender leur enveloppe charnelle pour accéder au divin.
Pour dessiner ces corps en extase, j’ai pris comme modèle la danseuse Berenice Coppieters, à qui j’ai demandé de s’imprégner de ces textes afin qu’à nous deux, nous puissions restituer le plus fidèlement possible les émotions de ces mystiques.
Le plus beau compliment qui m’a été fait sur ces dessins est celui d’un homme qui, ayant lu leurs écrits, a reconnu une à une chacune de ces sept femmes. » **

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Exposition « Extases » d’Ernest Pignon Ernest
Du 06 juillet au 06 octobre 2013 au Prieuré de Saint-Cosme à La Riche (37)

* Citations tirées du livre « Ernest Pignon Ernest, autour d’Extases »
entretien avec Marie-Françoise Sassier, aux éditions du Conseil Général d’Indre et Loire.

** Propos de l’artiste, recueillis lors du vernissage de l’exposition.


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