Samedi dernier, à l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine (#jep2015), était organisée à Tours par le CAUE37 une visite des anciennes imprimeries MAME fraîchement réhabilitées, suivie d’une conférence des architectes en charge de la restauration : Franlin Azzi et Pierre-Antoine Gatier.
Initialement prévue sur inscription préalable pour 50 à 100 personnes maximum, c’est finalement une foule incroyable qui s’est pressée ce jour-là.
Car les Tourangeaux attendent impatiemment depuis plusieurs années de savoir comment va être mis en valeur ce joyau de leur patrimoine industriel. (J’en parlais déjà ici en 2012.)
Et ils n’ont pas été déçus…

FAA_MAME TOURS_IMAGE DE SYNTHÈSE_EXTÉRIEUR_ARRIÈRE_©FRANKLIN AZZI ARCHITECTURE
L’imprimerie MAME est construite de 1950 à 1953 par l’architecte Bernard Zehrfuss, qui réunit autour de lui Jean Prouvé, pour la conception des sheds destinés à éclairer les 4000m2 d’ateliers, et le peintre Edgard Pillet pour la mise en couleurs du bâtiment et des lieux de travail.

En 2011, l’imprimerie ferme ses portes et ce lieu chargé d’histoire ne demande qu’à être réinventé.
Le programme s’impose de lui-même face à l’incroyable modularité de ces lieux baignés de lumière : la future Ecole des Beaux-Arts d’une part, puis un pôle d’entreprises créatives et innovantes dans le domaine du numérique d’autre part.

Ce bâtiment est décidément porteur de création et de modernité.

Franklin-Azzi-Pierre-Antoine-Gatier
Franklin Azzi : « Cette restauration est un projet très particulier qui nécessite une grande humilité. Il faut bien comprendre le contexte géographique et sociologique avant d’agir. Et il me semble que la reconversion des lieux en Ecole des Beaux-Arts est assez naturelle. »

Pierre-Antoine Gatier en parlant de Bernard Zehrfuss : « Je suis en admiration devant cet architecte totalement au service du projet qu’on lui a confié. Il apporte une vraie réflexion sur le bel espace de l’usine : la lumière, la couleur, le confort des ouvriers… Ce rêve, partagé par la famille Mame et l’architecte, m’impressionne. »

MAME_JUIN_2015-018_©LUC BOEGLYmame-sheds-prouvé
Pierre-Antoine Gatier : « Dès sa conception, l’usine était prévue pour être agrandie et/ou surélevée. Il y a une véritable intelligence du bâtiment, dans ce rapport entre la trame régulière en béton armé du socle conçu par Zehrfuss et la légèreté des sheds dessinés par Prouvé. On peut presque dire que c’est un ‘cadavre exquis’ de l’architecture. »

Franklin Azzi : « Les sheds légers autorisent des poteaux très fins, on dirait que la toiture repose sur des têtes d’épingle. Ces poteaux libèrent l’espace au sol et permettaient une circulation aisée du livre entre les différents ateliers de fabrication. »

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Franklin Azzi : « Ce bâtiment étant classé à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, la gageure était de le rendre conforme aux différentes réglementations actuelles pour l’accueil du public : accessibilité aux personnes handicapées, incendie, évacuation, désenfumage… etc, tout en respectant son dessin initial. Il a fallu camoufler au maximum les différents éléments techniques ajoutés. »

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Franklin Azzi : « Zehrfuss et Prouvé ont étudié la course du soleil pour obtenir la lumière la plus constante possible, sans ombres portées, pour pouvoir travailler la couleur et l’impression de livres de très haute qualité. Prouvé dessine donc ces sheds au profil presque aérodynamique, tout habillés d’aluminium réfléchissant, restituant une lumière douce, homogène et argentée. »

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Pierre-Antoine Gatier : « Grâce aux images d’archives, nous avons pu faire un gros travail sur la colorimétrie initiale du bâtiment, oubliée depuis car entièrement repeinte en blanc au fil des décennies. Le peintre Edgard Pillet s’était inspiré des couleurs des bords de Loire, tout proches : des grisés subtils, des beiges, des verts d’eau. Et cet incroyable bleu, au plafond du hall principal, qui fait rentrer le ciel au sein même de l’usine. »
Franklin Azzi attire alors l’attention des visiteurs sur les poteaux élancés du hall, zébrés de couleurs douces : « Ce sont des sondages, effectués pour retrouver les teintes d’origine. Cette étude se fera dans un second temps car nous sommes en attente de financements. »

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Partout, la lumière baigne les espaces. Et là où elle ne pénétrait pas à l’origine (dans les sous-sols techniques notamment), les architectes ont ouvert des trémies, installées des circulations en caillebotis métalliques ajourés et privilégié les revêtements de sol en résine brillante.

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Une des toutes dernières étapes de cette vaste opération sera la restauration du bureau de la direction et des salles de réunion, situés en toiture du bâtiment principal. Cettte structure démontable (souvenez-vous, pour pouvoir agrandir l’usine par le haut) est un petit bijou de modernisme dessiné par Jean Prouvé.

Valérie Secheret, directrice au développement économique de Tour(s)plus, nous précise :  »Près de deux millions et demi d’euros sont nécessaires à cette restauration. Il va nous falloir du temps pour réunir cette somme. Nous avons eu des propositions insensées de personnes dans le monde entier, admirateurs et collectionneurs du travail de Jean Prouvé. Il y a même quelqu’un qui voulait offrir à la Ville une très grosse somme d’argent pour en faire son appartement !!!
Mais nous refusons systématiquement ce type de proposition. Ce patrimoine industriel appartient aux Tourangeaux. »

Mame-lili


PS/1 : Vous êtes Lyonnais ? Quelle chance !
Du 12 novembre 2015 au 14 février 2016, le Musée Gallo-Romain de Lyon-Fourvière rend hommage à son architecte Bernard Zehrfuss à travers cette exposition avec croquis originaux, photographies, plans, maquettes, films…
Courez-y !

PS/2 : Un grand merci à Emilie Octavio :)