large_home_riccotti_32cf0Photo : © Lisa Ricciotti

La semaine dernière, j’ai eu la chance d’être invitée par la Cité de l’Architecture et du Patrimoine à Paris, pour une visite de l’exposition « Ricciotti, architecte » en compagnie d’Alexandre Goulet et Francis Rambert, respectivement scénographe et commissaire de l’exposition.

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A l’entrée de la galerie, le visiteur est accueilli par la silhouette en pied de Rudy Ricciotti en légère contre-plongée, nimbée d’une brume mystérieuse. Il semble nous souhaiter la bienvenue, mi-hautain, mi-amusé, lui l’architecte-star qui, contrairement à bon nombre de confrères, n’a jamais voulu quitter sa ville de Bandol pour s’installer à Paris.

La galerie aux murs peints en noir est plongée dans une semi-obscurité enveloppante.
Aux murs : ni plans, ni coupes, ni schémas explicatifs, encore moins de maquettes.
Le ton est donné : la vérité est, et doit rester, le bâtiment construit.

Le scénographe Alexandre Goulet, ancien collaborateur de l’architecte, explique qu’à l’agence Ricciotti il n’y a pas de « sacralisation » des plans, perçus uniquement comme un outil de travail.
En toute logique, la scénographie restitue l’ambiance du lieu de travail de l’architecte : pas de plans affichés, mais des oeuvres d’art nourrissant ou se nourrissant de l’oeuvre bâtie, telles ces douze aquarelles d’Yvan Salomone.

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Sur des écrans de 7m x 3m, les photos choisies défilent très lentement, laissant au visiteur le temps de s’immerger dans chaque projet présenté.

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On est en prise directe avec le concret.
Posés au sol, des prototypes, tirages, moules et pièces de charpente en béton fibré ultra-performant démontrent les défis techniques mais donnent aussi à voir la puissance et la sensualité des matières.
Chacune des pièces présentées, pour la plupart à l’échelle 1:1 et jusqu’à 600 kilos pour l’une d’elle (!), parle de l’architecte comme humble maillon d’une chaîne de construction qui pousse la matière à donner le meilleur d’elle-même.

04-rudy-ricciottiA gauche : matrice pour le module d’un élément de toiture du stade Jean Bouin à Paris (900 x 180 x h 20 cm – 600 kg). Collection Benoît Maignial.
A droite : stade Jean Bouin à Paris, avec les éléments de toiture mis en place. Photo via info-stades


05-rudy-ricciottiA gauche : Matrices en bois fabriquées pour la confection de coffrages destinés à la préfabrication d’éléments en béton des poteaux du Mucem à Marseille. Collection Benoît Maignial.
A droite : les poteaux en situation au Mucem à Marseille. Photo : © Jacqueline Poggi

La magie opère : chaque pièce présentée se suffit à elle-même, puissante, graphique et sculpturale, donnant au visiteur l’impression de déambuler dans une exposition d’architecture aux limites de l’art contemporain. Les collectionneurs ne s’y trompent pas : ils sont quelques uns à guetter à l’issue des chantiers ces totems d’un genre nouveau.

06-rudy-ricciotti Zoom sur une matrice en bois pour les poteaux du Mucem à Marseille.

De plus près, les prototypes dévoilent une sensualité surprenante : la précision du geste, la caresse du ponçage pour adoucir la forme finale… La matière, aussi sophistiquée soit-elle, semble se plier en douceur à la volonté du concepteur.

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Pour finir, je n’ai pas pu m’empêcher de prendre en photo ce guerrier Massaï de Françoise Spiekermeier.
Cette oeuvre, habituellement accrochée dans l’agence Ricciotti, vient clore l’exposition, comme un pendant au portrait de l’architecte accueillant le visiteur.

07-rudy-ricciottiVoir la photographie originale ici, dans le reportage sur l’Ethiope. © Françoise Spiekermeier

Ce Massaï, en une pose, semble tout synthétiser : l’allure nonchalante malgré les attributs guerriers, le regard sombre et déterminé, l’élégance graphique.
Et la Matière crayeuse, lumineuse et toute-puissante, à même la peau.



Exposition « Ricciotti, architecte » – Cité de l’Architecture et du Patrimoine – Paris
Jusqu’au 8 septembre 2013

Film « L’Orchidoclaste » de Laetitia Masson – 52 minutes
avec une musique originale de Jean-Louis Murat

Un grand merci à Claire Gayet, Alexandre Goulet, Francis Rambert et David Madec pour cette visite passionnante.